Freelance : free as a bird (?)

Joli titre, non ? Rassurez-vous, on ne va pas disserter sur les Beatles mais bien sur cette nouvelle tendance qu’est le recrutement d’un freelance (ou d’un “consultant indépendant” si vous préférez) !

Faire appel à un freelance ? Quelle drôle d’idée !

Vous faites face à un surcroît d’activité et vous n’avez personne pour l’absorber ? Vos clients vous demandent de travailler sur un sujet pour lequel vous n’avez pas les compétences en interne ? Ou vos équipes traversent une période difficile et vous devez gérer un certain nombre de départs ? Bref, pour ces raisons et bien d’autres encore, faire appel à un freelance pourrait être la solution à vos problèmes. Alors, vous hésitez encore ? Il ne faut pas !

Devenir freelance, un vrai choix, pas un défaut

Une réaction possible pour un dirigeant serait de douter de la qualité des freelances. Après tout, les meilleurs ne sont-ils pas ceux qui font carrière dans les grands cabinets de SI ou les grandes agences de communication ?

Pas forcément, loin s’en faut, d’autant que vous n’avez pas forcément envie de payer le prix fort pour votre projet.

Sachez d’abord que d’après une étude publiée par Malt, 90% des freelances le sont par choix. Dans l’IT, le taux monte même à 96%… D’après 404works, la séniorité moyenne des freelances est “confirmé”, avec très peu de juniors.

Des aspirations particulières

Comprendre leurs aspirations et difficultés est aussi un élément important pour mieux les recruter et les manager. Preuve encore que ce statut est un choix, la longévité : 51% des freelances le sont depuis plus de 4 ans d’après Malt. Pas mal quand on compare avec le turn-over dans une entreprise.

L’indépendance sous toutes ses formes est enfin primordiale pour ce profil de travailleurs : 47% sont devenus freelances pour la flexibilité des horaires, 37% pour travailler depuis le lieu de leur choix et 36% pour être leur propre patron. Autant dire que préserver cet équilibre est important si vous souhaitez embaucher un freelance. Si vous êtes rétifs au télé-travail par exemple, oubliez les indépendants. Mais dans un contexte post-confinement où les salariés ont expérimentés le télé-travail sur la durée longue, et montrer que cela fonctionnait plutôt bien, rester fermé au télé-travail ressemble une voie de garage.

Enfin, sachez que les freelances ne comptent pas leurs heures (plus de la moitié travaillent plus de 35 heures par semaine). Et par ailleurs, leur sourci de trouver une future mission est un facteur de motivation supplémentaire pour s’assurer que le projet se déroule bien avec vous. Ils sont bien conscients que leur meilleure chance de vendre une future mission est de convaincre leurs clients, bonne nouvelle pour tout le monde !

Donc embaucher un freelance, c’est aussi et surtout accéder directement à une expertise, sans payer un tarif prohibitif parce que cette personne travaille pour un grand cabinet ou agence.

Des freelances, surtout en SI, en Communication et en Marketing digital

Quelle que soit votre besoin, une première question à se poser est de comprendre si vous avez une chance de trouver chaussure à votre pied… Quelles sont donc les fonctions pour lesquelles on trouve le plus de freelances aujourd’hui ?

Il semble que l’Informatique soit de loin le premier secteur pour les freelances. Une visite sur Malt pour s’en convaincre : sur les 9 “métiers les plus recherchés”, 5 sont directement liés aux SI (développeurs front-end et back-end, coach agile, développeur mobile, administrateur système et réseaux), 3 métiers relèvent du marketing digital (UX designer, data scientist, product manager) et 1 de la Communication, avec les motion designers (réalisateurs de vidéos, en gros).

Sur Fiverr, les catégories de métiers présentées sont plus orientées sur la Communication : Graphisme, Marketing Digital, Rédaction, Vidéo, Musique. Viennent ensuite le SI (surtout des développeurs) et des métiers divers (faire un business plan, étude de marché, etc.).

Enfin un petit coup d’oeil sur cremedelacreme confirme ces profils avec 3 segments : Tech & Data (développeurs, etc.), Design & Produit (experts UX, product owners,…), Marketing Digital (expert SEO, expert SEA, social media manager, etc.).

Les avantages d’un freelance : flexibilité, disponibilité, expertise

En effet, quel que soit son statut, auto ou micro-entrepreneur, salarié d’une société de portage, entreprise individuelle, maison des artistes et on en passe, faire appel à un freelance vous permet d’échapper aux formalités et à la rigidité d’un CDD (et on ne parle même pas du CDI !). Vous pouvez ainsi faire appel à des personnes expertes sur leur sujet sans entrer dans un cadre réglementaire trop lourd. En pouvant changer facilement de personne si vous n’êtes pas satisfait par exemple. Mais aussi et surtout en maîtrisant votre masse salariale indépendamment des fluctuations de votre activité. Pas de frais fixes démesurés puisque le coût du freelance ne passe pas en charges du personnel mais en achats.

Ainsi, pour un besoin ponctuel ou une mission nécessitant une compétence particulière, vous pourrez avoir recours à quelqu’un de particulièrement qualifié. Une personne disponible et opérationnelle sur le moment. Qui vous fera gagner du temps et vous permettra de soulager l’équipe en place en ne lui rajoutant pas de charge de travail supplémentaire. Passer par un freelance c’est aussi avoir accès à son réseau et élargir sa vision et sa visibilité sur le marché. Une véritable valeur ajoutée donc au regard du coût qui peut paraître plus élevé si on l’isole du reste.

Commenter recruter un freelance ?

Convaincu mais vous ne savez pas comment procéder ? Recruter un freelance est aujourd’hui très facile !

Déjà, comme pour tout recrutement dit classique, il faut d’abord bien définir vos besoins et votre cahier des charges. Tout d’abord, évaluez la durée de la mission, le rythme de travail nécessaire, la répartition dans le temps, les modalités, etc.. Tout ce qui peut permettre de cadrer le besoin et donc d’y apporter la meilleure réponse possible. Bien sûr, le budget est aussi un élément clé à prendre en compte. Avez-vous un maximum ? Combien êtes-vous prêt à mettre ?

Freelance, un rêve de babacool ou une mode de travail moderne puissant ?

Prospecter : une jungle plutôt qu’une morne plaine

Ensuite vient l’étape de prospection. Bien entendu, la recommandation directe par un proche, par bouche-à-oreille, est potentiellement le meilleur moyen de trouver un free-lance “de confiance”. Vous pouvez aussi faire vos recherches sur Linkedin, via des sociétés de portage salarial, des agents de freelance (comme Colibee).

Une étude réalisée par Malt en interrogeant des freelances à travers l’Europe vous montre d’ailleurs comment les recruter : ces derniers déclarent trouver de nouvelles missions à 58% par recommandation, 43% via une plate-forme de mise en relation et 28% via les réseaux sociaux. Deux leviers sont faciles à activer pour vous : demandez autour de vous de vous faire recommander des consultants indépendants, notamment en demandant à vos contacts Linkedin. Si ça ne suffit pas, essayez les plate-formes de freelance.

moyens utilisés par les freelances pour trouver de nouvelles missions
Comment les freelances trouvent de nouvelles missions (source : étude Malt)

Des plates-formes à même de vous mettre en relation avec des freelances

Mais la nouvelle tendance, ce sont les plate-formes de mise en relation. Malt ou Fiverr vous présente des profils de personnes que vous devez contacter directement, et qui sont généralement sur des fonctions “d’exécution”, à des tarifs journaliers modérés. Cremedelacreme, One man support ou encore PM-up vous proposent eux une liste de profils sur demande, mais plutôt sur un profil de “consultants”, plus chers. Attention, elles ne font que ça, vous êtes ensuite seuls pour gérer la relation avec le consultant indépendant.

Faites donc votre sélection, contactez les profils que vous avez repérés et surtout, n’hésitez pas à les rencontrer ! L’expertise technique est essentielle mais l’humain compte aussi beaucoup. Véritable caméléon, le freelance devra comprendre votre entreprise, vos problématiques et s’y intégrer en un temps record. Encore un “animal” nouveau à savoir manager me direz-vous… Il n’est donc pas inutile de prendre un peu de temps pour voir si le feeling passe.

Dans tous les cas, il ne sera pas forcément simple d’évaluer le nombre de jours nécessaires… Donc n’hésitez pas à comparer les réponses de plusieurs freelances, cela vous donnera une fourchette crédible quant à la durée probable de l’accompagnement.

Enfin, sachez que les tarifs sont évidemment toujours négociables, en fonction de la durée du projet, et que la plupart des free-lances valoriseront de ne pas devoir être à 100% sur votre projet ni à 100% physiquement dans vos locaux. Par confort personnel, mais aussi par stabilité du business pour eux. Tant qu’ils sont à 100% sur un projet, ils ne peuvent s’engager auprès d’un autre client et du coup, ils se retrouveront avec une probable inactivité à la fin du projet qu’ils auront réalisé avec vous.

Le prix d’un indépendant

Comme dans l’entreprise, les échelles de revenus sont assez hétérogènes selon le métier dont on se parle. Un développeur devrait vous facturer autour de 500€-600€ par jour. Un UX deisgner sera autour de 500-700€, un data scientist 600€-800€/jour, un administrateur réseau 700-900€, même si cela peut varier selon l’expérience. Comptez 400€-500€ pour un motion designer.

Sur des profils plus orientés “consultants”, en stratégie, organisation, etc.., comptez entre 1000€ et 2000€ par jour selon la séniorité.

coût moyen observé pour différents types de métiers en freelance
Coût par jour (€/jour) d’un freelance observé sur les plate-formes spécialisées

Contractualiser avec un freelance

Une fois votre choix fait, vient le moment du contrat. Il est ainsi important de bien clarifier les choses et de se mettre d’accord sur les termes de la mission. Avez-vous besoin de cette personne en temps plein ? Ou bien seulement quelques heures ou quelques jours par semaine ? Sur un one-shot, un projet avec une durée déterminée ? Ou bien sur du moyen terme avec du suivi de projet ? Avez-vous un poste à lui attribuer ? Une place dans l’entreprise ? Souhaitez-vous qu’elle soit intégrée dans vos locaux ou le travail peut-il se faire à distance ? Bref, prenez le temps de discuter !

Flexibilité et communication

Car l’essence même du freelance est dans la flexibilité ! Tout est donc possible, tout est imaginable. Il faut surtout bien communiquer (la communication, encore et toujours la communication) et être au clair sur ses attentes et ses besoins. En effet, le freelance n’est pas et ne sera pas un de vos employés. Il ne doit pas y avoir de lien de subordination entre lui et vous. C’est un prestataire auquel vous faites appel pour un service bien particulier. Attention à ce point qui peut être clé et engendrer une requalification en CDI du freelance. Une des limites du système qu’il faut bien avoir en tête. L’appel à un freelance ne doit pas s’apparenter à du salariat déguisé. Le freelance n’a ainsi de comptes à rendre que le respect des termes du contrat signé.

Si ces derniers mots peuvent faire peur nous avons tendance à penser que le freelance, nouvelle forme de travail, peut apporter de nombreuses réponses aux problématiques auxquelles vous, à la tête d’une petite entreprise, vous êtes susceptibles de devoir faire face. De là à dire que le freelance va devenir la nouvelle norme, le temps nous le dira ! Mais on peut d’ores et déjà dire qu’il traduit une tendance de fond au sein des générations qui arrivent sur le marché du travail (les fameuses X, Y, Z). Qui sont en quête d’un nouvel équilibre (lire notre article sur le management de ces nouvelles générations).

Des a priori hérités de nos références culturelles

Si le terme de “freelance” est moderne, nulle doute que les mercenaires militaires, dont l’existence remonte à l’Antiquité, suivent en réalité le même principe. Certains exemples historiques amènent effectivement à la méfiance. Après tout, comment gérer ces personnes indépendantes qui ne semblent avoir aucune attache au groupe qu’elle rejoignent temporairement ? Carthage en fit l’amère expérience lors de la “Guerre des mercenaires” au IIIème siècle avant J.-C.. Machiavel ne fut pas non plus un grand promoteur des “condottieri” de l’Italie de la Renaissance.

Le prince dont le pouvoir n’a pour appui que des troupes mercenaires ne sera jamais ni assuré ni tranquille: car de telles troupes sont désunies, ambitieuses, sans discipline, infidèles, hardies envers les amis, lâches contre les ennemis

Machaviel in Le Prince

Mais faire appel à des mercenaires ne se termine pas toujours mal. C’est bien l’histoire que nous conte Kurosawa dans Les 7 Samourais (repris en version western par J Sturges dans Les 7 mercenaires). Un village n’a pas de quoi se défendre face à une bande de brigants. Motivé par la récompense mais aussi par l’envie d’aider ces pauvres villageois, 7 samouraïs accepteront la mission pour sauver le village, quitte pour certains à y laisser leur vie. Ce qui souligne encore que faire appel à des freelances, appelez-les comme vous voulez, nécessite comme avec n’importe quelle équipe un Management de qualité pour s’assurer de leur motivation !

Les Samourais, des freelances à l'époque du Japon médiéval
Les 7 Samourais (A. Kurosawa, 1954), ou le freelancing dans le Japon médiéval

Des liens pour aller plus loin :
des plate-formes pour trouver des free-lances : Malt, Fiverr, Cremedelacreme, PM-up, Upwork
une étude intéressante réalisée par Malt sur les freelances en Europe