Créer une entreprise en France : faut-il être fou pour vouloir se lancer ?

Lourdeur administrative, charges assommantes, taxes à ne plus savoir qu’en faire, législation qui change sans cesse et n’avantage en réalité que les salariés, bâtons dans les roues. Ça vous parle ? Ça vous rappelle quelque chose ? Ce ne sont que quelques-unes des complaintes que l’on entend lorsque l’on souhaite créer une entreprise en France. Alors info ou intox ? Est-ce si compliqué de se lancer ? Ou bien est-ce notre bon vieil esprit ronchon national qui parle ? On a mené l’enquête et on vous livre ici quelques pistes de réflexion.

Créer son entreprise en France : théoriquement pas la meilleure destination

Certes, la France n’apparaît pas en tête des pays où créer son entreprise. Si l’on prend le classement publié par Forbes des “Best countries for Business 2019”, le classement visiblement le plus partagé sur le web et le plus visible, le meilleur pays pour créer sa société est le Royaume-Uni. Devant la Suède et Hong-Kong. La France n’apparaît que 21ème alors que l’Allemagne est 14ème et les Etats-Unis 17ème. Forbes a retenu une quinzaine de critères et de sources pour établir son classement. Donc on va se dire que c’est sérieux. Même si en regardant le profil du journaliste qui publie cette étude, on a un peu envie de rire :

Le track-record de l'auteur de l'étude Best countries for Business 2019 : cette étude n'est probablement une bonne indication de la qualité de l'environnement français pour créer une entreprise
Le track-record de l’auteur de l’étude Best countries for Business 2019

Non, désolé, Kurt. Ton étude est peut-être super, mais ton parcours ne nous incite pas non plus à croire sur parole le résultat… Donc si on résume, après s’être intéressé au sport, notre journaliste de Forbes a ensuite commencé à publier des classements d’écoles puis les meilleurs lieux pour entreprendre…

Essayons donc un autre source : la Banque Mondiale, qui publie son score de “Le score de la facilité de faire des affaires”. Là cela semble plus sérieux. L’institution se lance dans l’exercice complexe de calculer un score en pondérant une quarantaine de critères, dont on espère qu’ils soient représentatifs. La Nouvelle-Zélande arrive 1ère, la France arrive cette fois-ci 37ème. Mais quand on voit l’Allemagne se placer 125ème, juste derrière le Mali, l’intérêt de cette étude en prend un sacré coup. D’ailleurs le critère qui pénalise la France est la difficile obtention de prêt (104ème), nous vous conseillons donc d’aller plutôt en Azerbaidjan, classée 1ère sur ce critère…

Commencez donc par oublier tous les marronniers que vous pourrez lire à gauche ou à droite, les comparaisons internationales sur la création d’entreprise semblent peu fiables voire sans aucun sens.

Créations d’entreprises : une tendance à la hausse

Tout d’abord, un premier chiffre à se mettre sur la dent : on dénombre plus de 550 000 projets déposés chaque année. En septembre 2019, 70 605 nouvelles entreprises ont vu le jour soit une hausse de 4,2%. En parallèle, on nous dit que le contexte économique tend vers une reprise de la croissance. Une dynamique qui semble donc positive et sur laquelle tout esprit entrepreneur aurait envie de surfer. Et il aurait tort de s’en priver !

Créer une entreprise en France : le nombre de créations augmente
Evolution des créations d’entreprise en France depuis 2009

L’Etat s’engage à aider ceux qui souhaitent entreprendre en France

En effet, contrairement à ce que l’on entend partout, l’État soutient aujourd’hui très activement l’entrepreneuriat. Macron ne cache d’ailleurs pas son envie de faire de la France une « start-up nation ». De nombreux dispositifs sont mis en place pour aider les entrepreneurs. A commencer d’ailleurs par le fameux statut autoentrepreneur qui permet de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale en douceur – pas de frais de démarrage, des charges qui ne s’appliquent que sur le CA réalisé, une gestion administrative et fiscale extrêmement simplifiée. Entreprendre en toute flexibilité.

Des aides pour entreprendre en France

ACRE, ARE, ARCE, NACRE, CIR, JEI, vous avez le tournis ? C’est bon signe ! Ces acronymes sont ceux de certaines des aides proposées par le gouvernement. Allègement d’impôts et exonérations sociales (ACRE, JEI, CIR), aides à la création d’entreprise pour les chômeurs (ARE, ARCE, congé pour création de son entreprise), aides financières pour les créateurs d’entreprise (NACRE, aides pour les femmes), nous ne les détaillerons pas ici (cf un autre article à écrire sur le sujet vers lequel on pourra rediriger ensuite) mais il existe une multitude de dispositifs à disposition des créateurs d’entreprise.

Des réseaux publics ou privés à votre disposition

Sans parler de réseaux publics et privés d’entre-aide, d’accompagnement et de financement comme l’ADIE, le Réseau Entreprendre, la BPI, les chambres de commerce ou encore les chambre de métier. Des services très souvent gratuits et disséminés sur l’ensemble du territoire qui n’attendent que d’être sollicités pour vous aider à obtenir des prêts à taux 0, des prêts d’honneur, des investissements etc.

Notre héros national

Enfin, on ne peut pas ne pas parler de Xavier Niel, de son enthousiasme contagieux et de ce qu’il met à disposition des futures licornes de l’hexagone comme la fameuse Station F à Paris. Une tête d’affiche, un exemple à suivre pour de nombreux néo-entrepreneurs.

Un écosystème bouillonnant pour entreprendre en France

Ainsi, au regard de ces différents éléments, vous l’aurez compris, nous avons une vision très positive de l’environnement entrepreneurial français. Un écosystème bouillonnant, hyper actif et innovant. En fouillant un peu, en prenant le temps de se renseigner, on se rend très vite compte que l’on n’est pas tout seul.

Au-delà d’entreprendre : perdurer

Mais au-delà de se lancer dans l’entrepreneuriat, le challenge reste de perdurer. Passer le fameux cap des 3 ans, tenir la barre, mener sa barque, faire grandir son business. Et là, finalement, au-delà du pays, des règles ou du système, il y a nécessairement une part de prise de risque, un soupçon de chance et beaucoup d’investissement personnel. Prise de risque qui est toutefois de nouveau encadrée en France puisqu’il est possible, si vous décidez de créer un statut de société, de limiter votre responsabilité au montant de l’apport. Apport qui peut se limiter à un euro. Pas de faillite romanesque et rocambolesque à l’américaine donc !

Pour aller plus loin :
Forbes Best countries for Business 2019
Banque Mondiale – Score de facilité à faire des affaires